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riz pour la malnutrition
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ifpri titre 2 Récapitulatif 2020 N° 64

Vision pour l'Alimentation, l'Agriculture et l'Environnement.
(Février 2000)

Vaincre la Malnutrition Infantile Dans les Pays en Developpement: Réalisations Passées et Choix Futurs

Lisa C. Smith et Lawrence Haddad

Droits d'auteur © 2000 International Food Policy Research Institute. Tous droits réservés.

En 1995, 167 millions d'enfants de moins de 5 ans, ou près d'un tiers des enfants dans les pays en développement, souffraient de malnutrition, ce qui se traduit non seulement une grande souffrance mais constitue aussi une violation des droits de l'enfant. Plus de la moitié des décès infantiles dans le monde sont dus à la malnutrition. Les enfants qui survivent à l'âge adulte sont physiquement et intellectuellement moins productifs et souffrent d'un plus grand nombre de maladies chronique et de handicaps que les autres. Les coûts envers la société sont énormes et supprimer la malnutrition constitue un défi de politique publique énorme.
Quel type d'intervention aura les répercussions les plus grandes sur la malnutrition infantile ?
L'étude sur laquelle est basée cette synthèse explore cette question en s'appuyant sur les données nationales de 63 pays entre 1970 et 1996.

 

DÉTERMINANTS DU STATUT NUTRITIONNEL INFANTILE

Si on veut réduire la malnutrition infantile, il est nécessaire d'en comprendre d'abord les causes.
Les déterminants immédiats du statut nutritionnel d'un enfant sont les rations alimentaires et la santé, qui sont à leur tour influencées par trois déterminants sous-jacents au ménage : la sécurité alimentaire, les soins adéquats aux mères et aux enfants et un environnement sain. Ces trois déterminants sont à leur tour influencés par des déterminants de base: les ressources potentiellement disponibles pour un pays ou un groupe de personnes, et un nombre de facteurs politiques, culturels et sociaux qui influencent l'utilisation de ces ressources. L'objet de l'étude se concentre sur les déterminants sous-jacents qui sont représentés par 4 variables : la disponibilité en produits alimentaires (pour la sécurité alimentaire), l'éducation et le statut des femmes (pour la qualité des soins et la sécurité alimentaire), et l'accès à une source d'eau potable (pour la qualité sanitaire d e l'environnement). Deux déterminants de base sont aussi explorés, le revenu national par habitant qui capture la disponibilité en ressources d'un pays, et la démocratie comme indicateur du context politique qui influence la malnutrition.

 

DIMINUTION DE LA MALNUTRITION INFANTILE ENTRE 1970 ET 1995

Entre 1970 et 1995, le nombre d'enfants mal nourris a été réduit de 37 millions, passant de 204 à 167 millions, alors que la malnutrition (mesurée par un poids inférieur à la norme) dans le monde en développement tombait de 46.5 à 31% ou une réduction d'environ 15% (voir tableau).
Les progrès accomplis en terme de réduction de la malnutrition varient grandement d'une région à l'autre.
C'est en Asie du Sud que la réduction a été la plus rapide (23%) et en Afrique sub-saharienne qu'elle a été la plus lente (4%).
Le nombre d'enfants mal nourris a diminué le plus rapidement en Asie de l'Est (de 78 à 38 millions). La situation est particulièrement préocupante en Afrique sub-saharienne où le nombre d'enfants mal nourris a augmenté de 70%.
Depuis 1970, la malnutrition a été réduite dans 35 pays, constante dans 15 et a augmenté dans 12, la plupart de ces derniers situés en Afrique sub-saharienne. Les 4 facteurs sous-jacents considérés dans l'étude ont tous contribué à la réduction de la malnutrition dans les pays en développement entre 1970 et 1995.
L'amélioration de l'éducation des femmes est avec 43% de la réduction totale, le facteur dont la contribution est la plus large.
L'amélioration des disponibilités alimentaires par habitant et de l'environnement sanitaire ont contribué respectivement à environ 26% et 19% de cette réduction. La contribution la plus faible (12%) est celle de l'amélioration du statut des femmes. Alors que ce facteur a un large impact potentiel, celui-ci n'a pas été réalisé car le statut des femmes a peu évolué entre 1970 et 1995.
L'éducation des femmes et leur statut ont ensemble contribué à plus de la moitié de la réduction de la malnutrition dans les pays en développement. L'éducation des femmes est une arme puissante pour lutter contre la malnutrition : une augmentation de leurs connaissances et de leurs compétences leur permet d'augmenter leurs revenus et ainsi d'améliorer la sécurité alimentaire du ménage tandis que l'éducation améliore la qualité des soins journaliers qu'elles donnent à leurs enfants. Le statut des femmes a des répercussions sur le statut nutritionnel des enfants par son effet sur la condition physique et mentale des femmes ainsi que par l'autonomie et la capacité qu'il leur donne à influencer la manière dont les ressources du ménage sont réparties.
En un mot, un statut peu élevé empêche les femmes d'agir aux mieux de leurs intérêts et ceux de leurs enfants. Les facteurs de base déterminants, le revenu national par habitant et la démocratie, n'influencent le statut nutritionnel des femmes qu'indirectement à travers les investissements publics et privés en facteurs sous-jacents.
Environ la moitié de la réduction totale de la malnutrition infantile est due à l'augmentation du revenu national par habitant.
La démocratie est un outil à l'influence potentielle énorme car elle permet de s'exprimer sur la répartition des ressources au sein du gouvernement.
Mais pour l'ensemble des pays en développement la démocratie ne s'est pas améliorée pendant la période considérée, et sa contribution n'a donc pu être mesurée.

 

PRÉVISIONS DE LA MALNUTRITION INFANTILE JUSQU'EN 2020

La prédominance de la malnutrition infantile dépendra bien évidemment des efforts déployés pour la réduire.
Cette étude présente trois scénarios basés sur l'évolution projetée des déterminants sous-jacents de la malnutrition infantile entre 1995 et 2020.
Selon le scénario du status-quo ou du "laissez-faire ", la disponibilité alimentaire par habitant augmente d'environ 9% tandis que l'accès à l'eau potable, le taux de scolarisation secondaire des filles et le ratio d'espérance de vie hommes-femmes augmente au même taux qu'entre 1985 et 1995.
La prédominance d'enfants au poids insuffisant tombe de 31% en 1995 à 18% en 2020 (voir tableau).
Selon ce scénario, environ 140 millions d'enfants ou environ un cinquième des enfants des pays en développement, resteraient mal nourris.
Dans le scénario pessimiste, l'hypothèse est une réduction de 25% du taux d'amélioration des déterminants sous-jacents non liés à l'alimentation et une stagnation de la disponibilité en denrées alimentaires par habitant.
Dans ce cas, dans les pays en développement, 22% des enfants de moins de 5 ans seront mal nourris. Si ce scénario domine, le nombre d'enfants mal nourris diminuera seulement de 12 millions, ce qui est peu.
Selon le scénario optimiste, où le taux d'amélioration des déterminants sous-jacents non liés à l'alimentation augmente de 25% et la disponibilité en denrées alimentaires par habitant augmente de 16%, la malnutrition infantile sera divisée de moitié en 2020, pour toucher 15% de la population infantile (ou l'équivalent de 128 millions d'enfants mal nourris).

 

TABLEAU

Tendances et prévisions de la prédominance et du nombre d'enfants mal nourris dans les pays en développement, par région, d'ici 2020.

Région

1970

1995

2020
status quo

(en pourcentage)

Pourcentage d'enfants en-dessous du poids normal
  Asie du Sud

72,3

49,3

37,4

  Afrique sub-saharienne

35,0

31,1

28,8

  Asie de l'Est

39,5

22,9

12,8

  Proche Orient et Afrique du Nord

20,7

14,6

5,0

  Amérique Latine et Antilles

21,0

9,5

1,9

  Tous pays en développement

46,5

31,0

18,4

 
(millions)

Nombre d'enfants en-dessous du poids normal
  Asie du Sud

92,2

86,0

66,0

  Afrique sub-saharienne

18,5

31,4

48,7

  Asie de l'Est

77,6

38,2

21,4

  Proche Orient et Afrique du Nord

5,9

6,3

3,2

  Amérique Latine et Antilles

9,5

5,2

1,1

  Tous pays en développeme nt

203,8

167,1

140,3

Les prévisions jusqu'en 2020 pour l'ensemble des pays en développement masquent de larges variations régionales. Quelque soit le scénario retenu, l'Asie du Sud continuera à être la région où la prédominance et le nombre d'enfants mal nourris seront les plus larges, bien que les deux diminueront.
En Afrique sub-saharienne, la prédominance de la malnutrition infantile diminuera peu.
Etant donné la lenteur du déclin des taux de prédominance et l'augmentation prévue du nombre d'enfants de moins de 5 ans, le nombre d'enfants mal nourris augmentera quel que soit le scénario pour atteindre 55 millions dans le cas le plus pessimiste.
La prédominance et le nombre d'enfants mal nourris devraient décliner le plus rapidement en Asie de l'Est.
Les taux de malnutrition seront peu élevés au Proche Orient, et en Afrique du Nord (NENA), et seront pratiquement nuls en Amérique Latine et aux Antilles (LAC).

 

PRIORITÉS POUR LE FUTUR

Même selon les scénarios les plus optimistes, 128 millions d'enfants resteront mal nourris. Quelles actions combinées pourraient permettre une réduction la plus large possible de la malnutrition infantile d'ici 2020 ?
Étant donné les contraintes en ressources financières et les coûts des différentes solutions, comment les décideurs peuvent-ils définir les investissements prioritaires qui permettront de réduire rapidement la malnutrition infantile d'ici 10 ans ?
En Afrique sub-saharienne et en Asie du Sud, améliorer la disponibilité de denrées alimentaires par habitant et l'éducation des femmes offrent les meilleurs prospects pour réduire la malnutrition infantile dans le futur.
En Asie du Sud , une priorité additionnalle est l'amélioration du statut des femmes.
En Asie de l'Est, NENA et LAC, la priorité devrait aller à l'éducation des femmes puis à l'amélioration de leur statut. Des priorités secondaires incluent la disponibilité en denrées alimentaires pour l'Asie de l'Est et l'amélioration de l'environnement sanitaire pour LAC. Afin de préserver les ressources de base nécessaires et la volonté politique en faveur de ces investissements, l'amélioration de la croissance du revenu national ainsi que le développement de la démocratie doivent aussi être accélérés.
L'étude montre que des progrès considérables peuvent être accomplis pour réduire la mortalité infantile en intervenant rapidement dans des secteurs qui n'ont pas été traditionnellement associés avec la nutrition.
Améliorer l'éducation des femmes, augmenter l'offre alimentaire (ou réduire la croissance démographique ou les deux à la fois), soutenir le statut des femmes et créer des environnements sains devrait faire partie intégrante de toute stratégie visant à réduire la malnutrition infantile dans le futur.
Ces initiatives devraient être perçues comme complémentaires à toute intervention directe telle que les programmes alimentaires et l'éducation en nutrition.
Toute stratégie globale de réduction de la malnutrition infantile doit s'interroger sur les causes fondamentales et sous-jacentes. Ce message est l'élément clé de l'étude sur laquelle repose cette synthèse.
Si les ressources économiques des pays en développement, identifiées par le niveau de revenu national, ne peuvent être augmen tées, il sera impossible d'accroître les investissements pour un environnement plus sain, l'éducation et le statut des femmes et la sécurité alimentaire.
De la même manière, sans gouvernement démocratique, la société civile sera incapable de faire pression sur les gouvernements pour que ses besoins soient pris en compte. Mais un gouvernement démocratique et un niveau de revenu adéquat ne suffiront toujours pas. Il faudra que les augmentations du revenu national servent à améliorer les déterminants sous-jacents, ce qui présuppose connaître le rôle de ces déterminants dans la réduction de la malnutrition infantile et faire preuve d'un véritable engagement politique pour agir.

 

 

 

Pour d'autres références, consulter :   Explaining Child Malnutrition in Developing Countries : Cross-Country Analysis,(Expliquer la malnutrition infantile dans les pays en développement : une analyse croisée par pays), de Lisa C. Smith et Lawrence Haddad, Rapport de recherche 111 (Washington, D.C.: IFPRI, 2000). Lisa C. Smith est chargée de recherche et Lawrence Haddad est directeur de la Division " Food Consumption and Nutrition " à l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires.
NOTA BENE : Reproduit et traduit avec la permission du : International Food Policy Research Institute ( Institut de Recherche International des Politiques Alimentaires) http://www.ifpri.org.
La version originale de cet extrait est disponible en ligne sur : http://www.ifpri.org/2020/briefs/number64.htm.

Si vous souhaitez vous aussi reproduire ce passage en français, merci de contacter simultanément l’ I.F.P.R.I ifpri@cgiar.org
et Pitchoun Of the World contact@pitchounoftheworld.org pour autorisation.
(5 janvier 2009)